http://www.sudouest.fr/2012/03/12/seche ... 5-4720.phpLe retour de la sécheresse Le froid de février a éclipsé le manque d'eau. À certains égards, la situation est
pourtant plus inquiétante que celle de l'an dernier.

Le déficit pluviométrique sur tout le Sud-Ouest pourrait mettre en danger les zones
humides de la région, comme le marais d'Orx, dans les Landes. (photo archives David
Le déodic/« Sud Ouest »)
« Sur les nappes d'eau souterraines, nous avons
51 % des niveaux orientés à la
baisse au 1er mars. À cette époque de l'année, c'est incroyable ! » Ce cri du cœur
jaillit au BRGM, le bureau de recherches géologiques et minières, qui visionne l'état de
la ressource au moyen de 250 points de mesure disséminés sur le territoire français.
80 % des aquifères (1) présentent des niveaux inférieurs à la normale. Le déficit est
très creusé sur les nappes de la Garonne amont. Il est dans sur l'Angoumois, le
Périgord, la Dordogne et la Garonne aval.
À l'antenne Languedoc-Roussillon du BRGM, où l'on compile les données en provenance
de toutes les régions françaises, on ne manque pas de souligner que cette situation «
va soulever des interrogations pour la suite de l'année ». Car un état très dégradé des
nappes à la fin de l'hiver a des répercussions jusqu'à l'automne suivant sur le débit des
rivières et sur l'eau disponible pour les prélèvements domestiques et agricoles.
L'épuisement des réserves C'est entre octobre et mars que les nappes souterraines peuvent se recharger, quand
la végétation est en sommeil et que l'évaporation est minimale. Dès la fin du mois, les
pluies seront pour l'essentiel captées par le couvert végétal. Or les prévisions météo à
dix jours ne laissent espérer que quelques averses.
Ce constat rappelle celui dressé l'an dernier à pareille époque, l'épisode 1 de la
sécheresse. « Mais on est sur plusieurs années de déficit pluviométrique. On a
tendance à épuiser les réserves », avertit-on au BRGM.
Le grand bleu de février Hormis celle des campagnes, cette situation n'émeut guère la population pour l'instant.
La sécheresse hivernale a quelque chose de silencieux, voire de réjouissant, dès lors
qu'elle permet d'éviter des trombes d'eau glacée. Elle n'en est pas moins patente, à la
lecture des relevés de Météo France dans la région.
S'il a plu abondamment en décembre, l'un des trois mois de 2011 en excédent
pluviométrique (avec juillet et août par endroits), janvier a été globalement déficitaire
et février exceptionnellement sec. Le mois dernier à
La Rochelle, il est ainsi
tombé
8,6 mm d'eau pour une normale (calculée sur la période 1971-2000) de
67,2 mm. À Bordeaux, il est tombé 6 mm pour une normale de 82,6 mm ; à
Agen, 6,8 mm pour 63,2 mm ; à Mont-de-Marsan, 7,6 mm pour 84,1 mm ; à Pau enfin,
10 mm pour 98,2 mm en temps normal. La tendance ne s'est en rien inversée pendant
la première décade de mars.
Publié il y a quelques jours par Météo France, le bilan de l'hiver (décembre, janvier et
février) souligne l'anomalie. « Sur la moitié sud du pays, les cumuls de précipitations
représentent généralement moins de 20 % de la normale » en février, y est-il relevé.
Si l'on remonte plus loin, le tableau devient plus inquiétant encore. « Depuis
septembre, le déficit pluviométrique à l'échelle nationale est particulièrement marqué
(près de 20 %).
Le niveau atteint est plus sévère qu'en 2011,
proche de celui de 2005. La situation la plus sérieuse concerne la moitié
ouest et notamment le quart sud-ouest, où le déficit pluviométrique sur six mois est
parfois proche des records sur cinquante ans », indique Météo France dans son
bulletin de suivi hydrologique.
Le sud de l'Europe touché Résultat, les sols superficiels sont « relativement secs dans les plaines de Midi-
Pyrénées et sur le littoral atlantique. des Landes à la Charente-Maritime ». Ce qui a
évidemment son importance pour la faune, la flore et l'agriculture. Les éleveurs sont
particulièrement concernés, puisque au terme d'une année 2011 très sèche, les
réserves de fourrage sont maigres.
Le Sud-Ouest n'est pas seul à avoir soif. Le 4 mars, un incendie a ravagé les
tourbières des monts d'Arrée, en Bretagne. Du jamais-vu, à cette période de l'année.
Au même moment, plus de 110 hectares de résineux et de broussailles sont partis en
fumée en Lozère. La situation est pire au Portugal et en Espagne, où la sécheresse
précoce menace les récoltes fruitières et entraîne la multiplication des incendies en
Galice. Et à Huesca, au pied de la Sierra de Guara, on attend toujours la première
goutte de 2012…
(1) Couche de terrain ou roche suffisamment poreuse ou perméable pour contenir une
nappe d'eau souterraine.