http://www.sudouest.fr/2011/04/08/la-re ... 2-4321.phpLes premiers indices, tant sur le gave d'Oloron que dans l'estuaire, font du moins espérer une
meilleure saison de pêche que les deux années précédentes.

La pêche au saumon pourrait se révéler fructueuse cette année. photo jean-louis duzert
On en était le week-end dernier à 25 saumons pris à la ligne sur le gave d'Oloron, pour
l'essentiel dans le secteur de Sauveterre-de-Béarn. Des poissons pesant entre 5 et 6 kilos,
autant dire « de vrais saumons », considère Claude Valero, détaillant d'articles de pêche
spécialisé mouche, à Navarrenx. Navarrenx, sa place forte avec son gave et ses remparts,
jusqu'où le roi des gaves béarnais n'est guère encore remonté : on n'y signalait cette semaine
qu'une seule prise, certes de belles mensurations.
Depuis le 28 février dernier, quatre saumons ont été observés au fameux pool Masseys, à
Navarrenx, où une salle de visionnage équipe la nouvelle centrale construite en rive gauche
(Susmiou). D'autres chiffres tout frais : six spécimens ont été comptés à ce jour à Sorde-
l'Abbaye, en tout début de bassin ; quatre au lieu dit Saint-Cricq, à Buzy (bas Ossau) ; deux
à Artix ; un à Poey-d'Oloron ; aucun à Soeix et à Chéraute.
De l'océan aux gaves 85 captures déclarées en 2010En possession du timbre « migrateurs » (30 euros), un petit millier de pêcheurs à la ligne ont
déclaré la capture de 85 saumons, en 2010. Soient 73 prises sur le gave d'Oloron, 8 sur le
Saison (Soule) et 4 sur la Nive. Les pêcheurs professionnels de l'estuaire ont, quant à eux,
piégé 500 spécimens, au lieu de 2 000 une année normale. Quant aux prélèvements des
fileyeurs de Capbreton et Tarnos dans le golfe de Gascogne, c'est le « mystère total » comme
le déplore Michel Maumus, naguère en charge du dossier au Conseil général. « Leur pêche
d'interception, il y a quelques années, est devenue une pêche organisée avec des filets
performants. »
Peut-on espérer un meilleur exercice que les deux précédents, sinistrés ? Il est trop tôt pour
le dire, puisque la saison du saumon bat vraiment son plein entre la mi-avril et juin. Mais de
bons échos remontent aussi de l'estuaire de l'Adour, par les pêcheurs professionnels.
Pente ascendante « On commence à voir quelques saumons ; on sait qu'il y a du poisson qui remonte. Il s'en
prend actuellement sept ou huit par jour par les pêcheurs d'estuaire », rend compte Dominique
Mahaut, de Saint-Martin-de-Saignanx (40), président du Syndicat des marins pêcheurs de
l'Adour.
Présentement, ces derniers sont davantage absorbés par la pêche au filet de la lamproie : «
On n'est pas encore concentrés sur le saumon, mais le peu de poissons que prennent ceux qui
n'ont pas la vente de la lamproie attrapent de beaux poissons, autour de 6 kilos. »
Le plaisir des uns est le métier des autres, mais pêcheurs à la ligne du gave d'Oloron, d'Aspe
ou du Saison (Soule) et pêcheurs d'estuaire ont partie liée : quand les seconds font grise mine
en aval, les premiers ne touchent pas grand-chose en amont. Ce fut encore le cas l'année
dernière. À la ligne, selon plusieurs techniques de pêche : au devon, à la cueillère ondulante,
au ver, à la mouche, etc., les captures de saumons se font essentiellement sur le gave
d'Oloron. « La population du gave de Pau est en cours de restauration », indique Fabrice
Masseboeuf, chargé d'études à la Fédération départementale de pêche des Pyrénées-
Atlantiques.
Le saumon de printemps M. Masseboeuf confirme que c'est bien du saumon de printemps qu'on voit remonter dans
l'estuaire de l'Adour, depuis fin février. Il peut avoir 4 ou 5 ans, dont deux ou trois hivers en
mer. Voilà plus d'un siècle qu'il n'y a plus de saumons en amont de Pau. Mais, 20 kilomètres en
aval, la station de comptage vidéo d'Artix a vu passer l'année dernière 340 représentants de
l'espèce, ce qui constitue un record… relatif. C'est aussi sur le gave d'Oloron, entre Oloron-
Sainte-Marie et Arudy que se trouve 80 % de la zone de reproduction habituelle du bassin de
l'Adour : « Là, la population se reproduit très bien, toute seule est-on tenté de dire. » On y
capture de nombreux tacons, ces jeunes saumons n'ayant jamais vu la mer, plus agressifs que
la truite et qu'un bon pêcheur sait aisément distinguer de celle-ci.
La dévalaison est fatale à 30 % des juvénilesLa montaison (1) sur le gave d'Oloron ne pose plus de problème insurmontable - il n'en va pas
encore de même sur le gave de Pau -, grâce aux aménagements réalisés (passes à poissons).
En revanche, la dévalaison est meurtrière pour les smolts, ces salmonidés juvéniles qui rêvent
de descendre jusqu'à l'océan et d'y vivre leur vie de saumon… 30 % n'échapperaient pas aux
turbines des centrales. La casse serait encore pire sur la gave de Pau (de l'ordre de 50 %). Et
le sort des anguilles serait moins enviable encore.
Comment la remontée du saumon vers les frayères évolue-t-elle ? Manifestement, moins bien
que les tenants des plans de gestion ne l'eussent espéré, au travers de la mission Pêche 64
notamment.
Ce guide de pêche fixé dans le Béarn depuis une douzaine d'années n'en fait pas mystère : «
Vu sa faible quantité dans le gave, considère-t-il, je n'accompagne plus de clients à la pêche
au saumon. Libre à eux d'y aller seuls, au petit bonheur… En revanche, s'ils veulent apprendre
la gestuelle et la technique de la pêche à la mouche, en rêvant de pêcher en Écosse ou en
Irlande, là c'est autre chose… » Ce professionnel, qui facture son art 180 euros la journée, en
fait une question d'honnêteté.
(1) Remontée des saumons en eau douce, jusqu'à leur lieu de reproduction.