http://www.sudouest.fr/2011/02/17/piege ... 9-1391.phpLa traque aux ragondins et aux rats musqués en Charente-Maritime[PORTFOLIO] Pièges en eau douce à Taugon (17) comme dans tout le département, huit brigades sont à l'affût

La brigade de l'AI 17 part chaque matin relever les pièges. Ici, une jeune femelle ragondin n'a
pas résisté aux carottes disposées dans les cages. Tentation fatale… photo pascal couillaud
Depuis le temps qu'ils squattent dans nos rivières et nos canaux, on aurait presque tendance
à oublier ces deux clandestins. Les agriculteurs, eux, ne les oublient pas. Ni les techniciens
chargés des ouvrages hydrauliques. Le ragondin et son voisin le rat musqué provoquent
chaque année des dégâts dans les cultures et le long des berges, en particulier en Charente-
Maritime, territoire qu'ils apprécient. « Ils sont aussi porteurs de la leptospirose, comme le rat
d'égout », ajoute Daniel Bonnaud, directeur de la Fédération départementale des groupements
de défense contre les organismes nuisibles de la Charente-Maritime (FDGDON).
Frelon asiatique, chenille processionnaire, taupe, bombyx cul brun, campagnol des champs, et
même la flavescence dorée de la vigne figurent sur la liste noire du FDGDON, missionné par le
ministère de l'Agriculture, dont l'ennemi n° 1 reste le ragondin, et le n° 2, le rat musqué.
Huit brigades de piégeurs leur livrent une traque sans merci dans le département (1). « Nous
travaillons beaucoup avec des associations, comme l'AI 17 [Association départementale
d'insertion], qui gère six des huit brigades », explique Daniel Bonnaud.
300 cages volées par anHier, comme chaque matin de 8 heures à 13 heures, Aurélien Piron et une petite brigade de
piégeurs ont bravé le froid pour relever 200 cages, posées à Taugon, en bordure du marais
poitevin. Une longue promenade bottes aux pieds à travers champs, fossés et cours d'eau. «
Il paraît qu'on fait un boulot tranquille… », grogne l'un des piégeurs. « Nous couvrons un
territoire de 14 000 hectares, sur 31 communes. On peut aussi intervenir à la demande des
exploitants s'ils sont à proximité, ou leur laisser des cages. Le souci, c'est qu'on se les fait
voler », remarque Aurélien Piron, du Syndicat mixte hydraulique du Nord-Aunis (Syhna).
Près de 300 cages disparaissent ainsi dans la nature chaque année. C'est pourtant le seul
moyen de prélever les ragondins et les rats musqués sans nuire au reste de la faune, loutres,
poules d'eau et autres genettes. « Malheureusement, il y a des particuliers, surtout des
exploitants agricoles, qui mettent des carottes empoisonnées », déplore Aurélien Piron. Les
cages, elles, sont même équipées d'une trappe permettant au vison, espèce rare protégée, de
s'échapper.
Achetés pour leur fourrureDe novembre 2009 à novembre 2010, près de 16 000 ragondins et 4 000 rats musqués ont
ainsi été capturés. « Depuis trois ans que je travaille ici, je vois leur nombre baisser. À
Charron, surtout, la tempête Xynthia en a éliminé beaucoup. Mais il y a des endroits où les
piégeurs n'interviennent pas, aux frontières du département ou dans les communes qui ne
payent pas la cotisation. Du coup, il y a un repeuplement », constate le piégeur du Syhna.
Le sort des animaux piégés est funeste. Ils sont tués et envoyés à l'équarrissage… ou achetés
par Luc Jacques, spécialisé dans la vente de fourrure en Belgique. « Il vient récupérer les rats
musqués tous les mois. Depuis peu, il prend même les ragondins. Il paraît que les fourrures
partent ensuite en Italie chez des fabricants de feutre. On vend chaque bête au prix de 1,50
€. L'argent va dans les caisses du FDGDON », précise Daniel Bonnaud.
(1) Marais poitevin, Pays royannais, vallée de l'Antenne, marais de Rochefort et de Tonnay-
Boutonne, marais de Marennes, marais de Saint-Agnant, vallée de la Trézence, Pays savinois,
Mirambeau.