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Mardi 16 Mars 2010
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60 % DES 500 CARRELETS ONT ÉTÉ DÉTRUITS PAR LA TEMPÊTE
Déjà frappées en 99, les traditionnelles cabanes de pêche, bien que plus solides, ont encore souffert
Carte postale abîmée
À Saint-Palais-sur-Mer, au lendemain du passage de Xynthia. Quand ils ont résisté, les carrelets sont souvent inaccessibles, faute de rampe, d'escalier, parfois des deux.( photo samuel honoré)
Ils sont l'un des symboles de la Charente-Maritime autant que le bastion d'un certain art de vivre. Le thème idéal de carte postale, sur fond de coucher de soleil sur l'océan. Les carrelets, ces cabanes de pêche dominant du haut de leurs pilotis les côtes et baies du deuxième département touristique français, sont aujourd'hui une immense plaie.
Le 28 février dernier, comme en décembre 1999, nombre d'entre eux n'ont pas résisté à la puissance des éléments. Appelé à dresser un état des lieux, Jean-Louis Martin s'empresse de relativiser. Le président des Carrelets charentais pense aux victimes. « Quand on voit d'autres malheurs que les nôtres, un carrelet, c'est quoi, à côté ? »
60 % de carrelets détruits
Évidemment, les dégâts ne sont que matériels. Affectifs, aussi, un peu. Un carrelet, c'est un peu l'intégrale de Mozart du mélomane ou la R8 Gordini du collectionneur de voitures. La tempête a brisé bien des miroirs. « On estime qu'environ 60 % des 500 carrelets ont été détruits », avance Jean-Louis Martin. La tempête de décembre 1999 avait mis à bas 90 % des 750 carrelets existant alors. Les Affaires maritimes avaient souhaité, après 1999, réduire leur nombre, « mais ceux qui ont été reconstruits l'ont tous été plus solidement. J'avais même préconisé aux adhérents de l'association de les élever de 2 mètres à 2,50 m au-dessus du niveau des plus hautes eaux. » Il n'a pas été entendu de tous les propriétaires. « On m'expliquait que c'était trop cher, que ça ne craignait pas. »
Déposé sur la côte
Le président des Carrelets charentais aurait même pu suggérer d'élever davantage les cabanes. « Sur l'île Madame, où je possède moi-même un carrelet, tout le monde s'est aligné sur moi, sauf deux propriétaires. Ils avaient pris 1 mètre de marge supplémentaire. » Ces deux carrelets ont résisté aux vagues qui se sont déchaînées contre tous ceux de l'île Madame, y compris celui de Jean-Louis Martin. « C'est étonnant. J'ai retrouvé tous mes poteaux rassemblés de l'autre côté de la route. La cabane, elle, est restée presque intacte, comme si la mer l'avait déposé sur la côte. »
Le promeneur, selon sa balade, s'étonnera peut-être du lourd bilan avancé. « Curieusement, dans certains secteurs, les carrelets n'ont pas souffert, à l'exception parfois d'une unité, quand, sur la côte sud-ouest et au nord de La Rochelle, une majorité a disparu, sur l'île Madame, à Angoulins, à Châtelaillon, à Esnandes, Marsilly. » Dans l'estuaire de la Gironde, Meschers a perdu 22 de ses cabanes de pêche. À Saint-Palais-sur-Mer, un sur deux est à terre, soit une quinzaine d'unités.
Comme au lendemain de 1999, il faudra du temps pour que les côtes retrouvent ces piliers de leur image. Du temps, de l'argent. La motivation, elle, ne fait pas défaut. « Certains adhérents m'ont déjà dit qu'ils ne reconstruiraient pas, mais j'espère qu'ils reviendront sur leur décision. » Le président des Carrelets charentais ne nourrit que peu d'inquiétudes sur la pérennité de cette tradition. Il est devenu de bon ton de posséder sa cabane les pieds dans l'eau. À tel point qu'un carrelet se monnaie au prix fort, « de 15 000 à 20 000 euros en moyenne, jusqu'à 40 000 euros sur l'île Madame ».
Jean-Louis Martin évalue à 25 000 euros le budget d'une reconstruction par un professionnel. De l'argent, l'association des Carrelets charentais espère en obtenir des pouvoirs publics et des collectivités.
Une charte de reconstruction
Les plus prévoyants apprécieront d'avoir assuré leur carrelet. Mais « l'association a eu beau démarcher une compagnie pour obtenir des tarifs attractifs, inciter les adhérents à prendre une assurance, il en est toujours pour trouver ça trop cher. » Le 20 mars prochain (1), Jean-Louis Martin réitérera ses conseils. « Je souhaite qu'on établisse un cahier des charges de la reconstruction, que chacun sache quelles précautions prendre. »
Car les carrelets doivent de nouveau dominer l'océan, Jean-Louis Martin en reste plus que jamais convaincu. « La Charente-Maritime sans ses carrelets ne serait plus tout à fait la Charente-Maritime. »
(1) Assemblée générale des Carrelets charentais, le samedi 20 mars, à 9 h 30, au Palais des congrès de Royan.
Auteur : ronan chérel