http://www.sudouest.fr/2011/04/20/-376877-4583.php"Si ça continue, l'été sera catastrophique"A la mi-avril, le niveau des rivières s'approche des étiages estivaux.

À Saint-Jean-d'Angély, le piézomètre de la Boutonne est presque à sec. photo philippe
Bernard Sabourault ne se souvient pas avoir connu d'aussi bas niveau en avril, au cœur du
printemps, quand les cours d'eau sont supposés avoir fait leur plein. Cela fait pourtant des
lustres qu'il surveille la Boutonne. Depuis 1989, avec son association SOS Rivières, il milite
pour la défense des milieux aquatiques à Saint-Jean-d'Angély.
La Boutonne est la rivière emblématique du combat que se livrent depuis vingt ans les
associations de protection de la nature et les irrigants. C'est l'une des toutes premières à
souffrir quand la sécheresse s'installe. D'autant qu'elle prend sa source dans les Deux-Sèvres,
département où l'agriculture céréalière gourmande en eau s'avère très prégnante. C'est
d'ailleurs dans la Vienne et les Deux-Sèvres que les préfets ont été les premiers à sortir leur
carton jaune en limitant l'irrigation aux heures de nuit sur la plupart des bassins versants,
voire en l'interdisant purement et simplement sur le bassin de la Clouère. Dans les deux
épartements charentais, la situation n'est guère meilleure. Le niveau d'alerte a été atteint sur
l'Auge, le Bief, le Bonnieure et l'Aume-Couture.
Hier Henri Masse, le préfet de Charente-Maritime, a décidé de prendre une mesure de
restriction de l'irrigation (interdite entre 10 et 19 heures) à l'ensemble des bassins versants du
département pour, selon ses termes, faire face à « une situation préoccupante qui fait
raindre une dégradation rapide dans les prochains jours ».
Serait-il déjà trop tard ? « Sur la Boutonne, les agriculteurs ont commencé à arroser leurs semis de printemps », note
Bernard Sabourault. Le débit de crise de la Boutonne (400 litres/seconde) n'est pas encore
atteint. Mais il pourrait l'être d'ici les prochains jours si aucune précipitation significative ne
vient recharger la rivière. Or, ce débit de crise n'est généralement jamais atteint avant juillet
ou août. Quant à la Seudre, elle a atteint un niveau d'étiage qui ne se reproduit que tous les
cinq ans… en été.
« Les recharges ne se sont pas faites à l'automne 2010 comme prévu. On partait donc déjà
cette année avec un déficit important. Et la vidange des nappes a commencé dès la fin
février. On peut dire qu'aujourd'hui, on est déjà dans la situation de l'été. Sur les 800
kilomètres de rivières que nous surveillons, 400 sont en grande difficulté », souligne Julien
Naudeau, technicien piscicole à la Fédération de pêche de Charente-Maritime. « Si ça
continue comme ça, l'été sera catastrophique. »