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Jeudi 06 Aout 2009
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CONSOMMATION.
La pêche, la commercialisation et la consommation des anguilles de la Charente et de la Garonne sont interdits. Elles seraient contaminées au pyralène
La pêche à l'anguille est interdite dans la Garonne et la Charente depuis le 17 juillet. (photo d. jullian)
Les anguilles suspectes
Il est désormais interdit de pêcher, détenir, transporter, consommer et commercialiser les anguilles de la Charente, entre la Touvre et l'estuaire. Même chose dans la Garonne, depuis le pont de pierre à Bordeaux jusqu'aux limites du Lot-et-Garonne.
La nouvelle est tombée en juillet au gré des arrêtés rédigés dans les préfectures de Gironde, Lot-et-Garonne, Charente et Charente-Maritime, souvent à la surprise des fédérations de pêche. « L'arrêté date du 17 juillet et nous n'en sommes toujours pas officiellement informés. Nous ne l'avons appris qu'avant-hier, par un détaillant d'articles de pêche. Nous sommes tout de même gestionnaires de la faune aquatique », s'insurge Jacques Fouchier, président de la fédération de Charente-Maritime.
C'est la contamination au polychlorobiphényle (PCB), plus communément appelé pyralène, qui a conduit à cette mesure administrative selon le principe de précaution prôné par l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Celle-ci a réévalué à la baisse le seuil de tolérance à l'exposition alimentaire des dioxines et PCB, dans une note du 5 février 2008.
D'abord dans le Rhône
Depuis, la traque aux PCB s'est intensifiée dans les estuaires, les fleuves et les rivières de France. Le Rhône a été le premier touché puisque toute pêche y a été interdite dès août 2007.
Dans la Gironde et la Charente, seule l'anguille, poisson de fond particulièrement bio-accumulateur de polluants, est concernée par l'interdiction. Mais les préfets de Gironde et du Lot-et-Garonne précisent dans leur arrêté qu'
il est déconseillé d'abuser de la consommation de carpes, brèmes, barbeaux, silures et aloses feintes. Tous poissons dits de fond, comme l'anguille.
« Avec tout ce qu'on a jeté dans les décharges sauvages depuis des années, je comprends qu'on puisse trouver du pyralène dans la Charente ou la Garonne. Mais il faudrait manger des quantités considérables d'anguilles pour que cela soit nocif pour la santé. On agite le principe de précaution. Très bien. Mais on ferait mieux de l'agiter pour la gestion de l'eau », poursuit le patron des pêcheurs de Charente-Maritime, plus préoccupé par le manque d'eau chronique dans les rivières de Poitou-Charentes que par la perfidie des biphényles chlorés.
Les pibales épargnées
La commercialisation du pyralène, longtemps utilisé dans les transformateurs électriques, est interdite depuis 1987. Mais ils ont été utilisés pendant plus de cinquante ans dans l'industrie. Comme le cadmium qui empoisonne les huîtres de l'estuaire de la Gironde depuis des décennies, les PCB s'accumulent dans les sédiments et se fixent dans la matière grasse des poissons. Plus ils sont gras, comme l'anguille, plus ils sont contaminés.
Les jeunes anguilles, civelles ou pibales, ne sont pas touchées. Seules les anguilles adultes de 3 à 5 ans, qui ont séjourné longtemps dans les fonds vaseux des rivières sont suspectes car elles ont stocké les polluants.
« Du fait de la raréfaction des pibales, on avait déjà mis la pédale douce sur la pêche à l'anguille pour préserver l'espèce. Mais fallait-il en interdire complètement la prise ? Ce sont encore les pêcheurs amateurs les plus pénalisés », ajoute Jacques Fouchier. Même son de cloche du côté de la Charente où l'on regrette déjà les parties de pêche en famille en bord de Charente.
Les pêcheurs craignent désormais une escalade des arrêtés préfectoraux d'interdiction qui pourraient toucher, comme dans le Rhône, les autres espèces et s'étendre aux affluents des fleuves.
Auteur : Thomas Brosset