article publié dans 'la Charente libre' ... (reçu de SOS rivières environnement
asso dont je suis membre

)
Sécheresse: la Charente déjà dans le durLe débit de la Charente est équivalent à celui d'un mois de juin. La pluviométrie est au plus
bas. Le spectre de la sécheresse plane déjà et inquiète irrigants, pêcheurs et défenseurs de la
nature.
La Charente a déjà soif et vient de vivre le premier trimestre le plus sec des dix dernières
années. Photo Majid Bouzzit
Vingt-six degrés hier. Vingt-sept annoncés aujourd'hui. En ce début de mois d'avril, c'est
Marrakech-sur-Charente! Et pour le fleuve, c'est déjà juin! À Vindelle, son débit moyen en
mars est de 19 mètres cubes par seconde (m3/s) quand il devrait être de 47 m3/s! Plus de
deux fois moins d'eau dans la Charente que les autres années. Ce sont des mesures que l'on
retrouve normalement au début de l'été.
La Charente a déjà soif et vient de vivre le premier trimestre le plus sec des dix dernières
années. L'herbe des pelouses est verte, mais le spectre de la sécheresse plane déjà. Pour
Jacques Brie, ancien président et actuel vice-président de Charente Nature, «tous les signaux
sont au rouge». «Cette année, il faudra être encore plus vigilant.»
Peu d'eau dans les rivières et guère plus dans les nappes. Sur 37 points de relevés
piézométriques - les points de mesure de la hauteur des nappes - en Charente, un seul est
dans la moyenne des dernières années. Un, celui d'Alloue, est carrément dans le rouge. Tous
les autres sont inférieurs à la moyenne de saison. Pour l'Observatoire de l'eau en Poitou-
Charentes, la situation est d'ores et déjà «critique».
80 millimètres de pluie au lieu de 200 «À l'heure actuelle, seules des pluies intenses et régulières permettraient une augmentation
significative du niveau d'eau dans les nappes. Or, Météo France ne prévoit pour l'instant pas
d'épisodes pluvieux marqués en Poitou-Charentes pour les prochains jours», indique une note
de l'Observatoire de l'eau en Poitou-Charentes.
Ce n'est pas le Sahara, mais depuis plusieurs mois, il ne pleut presque plus dans le
département. Le mois de janvier 2011 est le plus sec des huit dernières années, tout comme
le mois de mars. Du 1er janvier au 20 mars, le cumul des relevés flirte autour des 100
millimètres dans le département. Habituellement, sur la même période, il s'établit entre 200 et
300 millimètres!
Météo France ne prévoit pas une goutte de pluie lors des dix prochains jours. «Cela risque de
compromettre le fonctionnement des milieux aquatiques au cours des prochaines semaines»,
dit une autre note de l'Observatoire de l'eau en Poitou-Charentes. Richard Iriarte, président
des pêcheurs, ironise: «Pour les plus optimistes, il n'y aura pas de soucis s'il pleut pendant
quatre mois.»
Jacques Brie est encore plus catégorique: «À partir de maintenant, on ne peut même plus
compter sur la pluviométrie pour recharger les nappes car l'évaporation est en général
supérieure à la pluviométrie à partir d'avril. Au mieux, s'il pleut beaucoup, ça stabilisera les
nappes.»
Nouveau président des irrigants de Charente, Antoine Chartier tente d'être plus optimiste. «S'il
pleut beaucoup en avril et mai, ça pourrait aller mieux.» Mais en attendant, il ne cache pas
son inquiétude, «surtout pour les éleveurs et les irrigants».
Pas d'eau, cela veut dire pas de fourrage pour l'élevage et des rendements en berne pour les
cultures. Sachant qu'après une année 2010 déjà sèche, les éleveurs courent déjà après le
fourrage pour leur bétail.
«La gestion de l'eau se fait prioritairement pour l'eau potable et le milieu naturel. Or en
Charente, de nombreux captages sont déjà sous surveillance. Si les nappes continuent de
baisser, il y a un risque de difficultés d'approvisionnement en eau potable. ç'a été le cas l'an
passé à Bignac où il a fallu puiser dans la Charente, avec des conséquences sur la qualité et
le coût de l'eau», rappelle Jacques Brie.
Côté milieu naturel, Richard Iriarte observe déjà les conséquences des sécheresses à
répétition: «L'anguille est désormais une espèce menacée dans nos cours d'eau.»
Le spectre des mesures de restriction Pêcheurs, agriculteurs, défenseurs de la nature et usagers attendent l'arrêté cadre de gestion
des bassins que Jacques Millon, le préfet, vient de signer et qu'il présentera dans les
prochains jours. «C'est lui qui détient la clé», estime Richard Iriarte.
Au cours d'une réunion en préfecture le 25 mars, il a d'ores et déjà été décidé de relever les
seuils d'autorisation de prélèvement sur quatre bassins, comme sur la Nouère par
exemple. «Ce sont des ajustements tout à fait justifié», indique Antoine Chartier. Pour les
autres bassins, les seuils d'alerte de niveau 3 ont été relevés.
Richard Iriarte a un espoir: «Les services de l'État ont quand même l'air d'être sur le pied de
guerre. Selon la situation des cours d'eau, il pourrait prendre des décisions rapides en cours
de saison.» Une cellule de vigilance est ainsi créée pour plus de réactivité. L'Observatoire de
l'eau en Poitou-Charentes prévient d'ores et déjà: «Des mesures de restriction pourraient être
prises assez tôt après la signature des arrêtés cadre en avril.»
Chiffres2,8 millimètres. C'est le cumul mensuel de pluie en mars (jusqu'au 20 du mois). Un chiffre
ridiculement bas: le cumul mensuel moyen est normalement de 56,3 mm. Soit 20 fois plus!
36%. Le barrage de Lavaud n'est, à mi-mars, rempli qu'au tiers de sa capacité. Celui de Mas-
Chaban a un taux de remplissage de 66%. Les deux barrages ne pourront soutenir le débit de
la Charente lorsque la saison sera plus sèche.
1 800 kilomètres. L'année dernière, 1 800 kilomètres de cours d'eau se sont retrouvés à sec
ou en manque important de débit en Poitou-Charentes.
L'éternel débat des bassinesPour Antoine Chartier, président des irrigants de Charente, la situation de la Charente - la pire
de tout le Sud-Ouest - illustre la nécessité de développer les réserves de substitution, ces
fameuses «bassines» qui donnent des boutons aux associations de défense de la nature. «Les
réserves de substitution sont incontournables. Remplir des réserves l'hiver quand les cours
d'eau ont du débit pour les utiliser l'été, c'est une bonne conception», assure-t-il. Antoine
Chartier met en avant la réserve d'Aigre. «À Aigre, c'était flagrant. Dès que la réserve a été
mise en service, la nappe est remontée automatiquement.»
Une analyse contestée par Charente Nature. «Nous ne sommes pas anti-bassines par principe,
jure Jacques Brie. Mais comme pour tout projet structurant, nous voulons une étude d'impact.
Or, on vient enfin de nous présenter un bilan du fonctionnement des réserves sur l'Aume-
Couture. On se rend compte que ça n'a eu aucun effet bénéfique sur le milieu et sur les
nappes.» «C'est faux. Les chiffres avancés par Charente Nature sont inventés», dénonce le
président des irrigants charentais.
Dans leur combat, ceux-ci ont un allié: Bernard Tomasini, le préfet de région. L'année
dernière, il a annoncé un plan départemental de développement des réserves de substitution
qui seraient financées à 75% par l'agence de l'eau Adour-Garonne. Une vraie victoire pour les
irrigants.